dfromparis, future shaper generation

Worldwide life of a parisian guy. Coups de coeurs, coups de gueule, des bons plans, de la hype, de la musique... et quelques questions existentielles aussi... Car au final, peut-on vivre sans amour?

jeudi 26 novembre 2009

T’es payé combien pour faire ça ?

On nous l’assure : le bling-bling et l’argent facile, c’est fini ! La moralité et la vertu seraient-elles donc de retour en grâce ? A l’heure de la régulation de la haute finance mondiale, je constate également une moralisation de mon éco-système de vie. Je m’explique.

Déjà, plantons le décor. Je suis ce certains qualifient de trentenaire urbain CSP+ néo BCBG et techno hype. Je ne revendique rien à ce propos mais si on le dit, je l’assume bien volontiers. Dans un monde qui change vite, j’essaie malgré tout de vivre avec mon temps, même si je suis né sous Pompidou, que j’ai gagné ma vie en Francs Français, acheté presque plus de disques vinyls que de CD et appris l’informatique en langage MS-DOS.

C’est pourquoi j’ai été un des premiers à m’abonner à Itinéris avec un téléphone mobile aussi gros qu’une valise afin d’assouvir mon désir de mobilité puis ouvert un blog afin d’entrevoir une nouveau monde communautaire de liberté universel qu’on nous promettait tant après le passage à l’an 2000.

Car oui, et pour paraphraser une célèbre chanson, « il était une blogosphère que les moins de Facebook ne peuvent pas connaître ». Un temps où blogger était synonyme de liberté et de fraternité sans frontières. On donnait notre avis sur tout : le dernier film qu’on venait de voir, le téléphone portable que l’on avait acheté, nos lieux de sorties etc… On se regroupait en communautés d’intérêts, nous fédérions un nombre impressionnant de lecteurs qui faisait pâlir d’envie les médias traditionnels en pleine crise existentielle quant à leur avenir. J’ai fait des rencontres extraordinaires avec des personnes que je n’aurais jamais rencontré autrement et qui sont devenus au fur et à mesure des années, pour certains, de vrais amis.

Et puis ce qui devait arriver arriva. Les plus iconoclastes d’entre nous, fiers de leur influence et de leurs statistiques, ont cédé eux-mêmes aux sirènes du système qu’ils fustigeaient à leurs débuts. Alors qu’ils reprochaient aux journalistes de vendre leur opinion à certains de leurs annonceurs, les bloggeurs publient à leur tour des billets sponsorisés. Alors qu’ils dénonçaient le manque d’auto critique d’une presse mourante, ils ont fait de la blogosphère une plaque tournante de billets aseptisés et pédants. Je n’y trouvais donc plus mon compte et ne lisais ni ne publiais plus grand-chose.

Dans ce contexte, je me suis tout de suite intéressé à Myspace, Facebook et Twitter. En bon Geek que je suis, j’ai ouvert mes comptes et commencé à construire mes réseaux. J’y retrouvais l’excitation des débuts des blogs, des contacts faciles et désintéressés, ainsi d’anciens bloggeurs que je suivais. Evidemment, on était tous d’accord pour dire que ce n’était plus pareil, qu’avec nos blogs on racontait vraiment des histoires et qu’on avait un réel échange avec des lecteurs qui nous suivaient au quotidien. Un Twitt de 140 caractères ne remplaçant par nature pas un billet de 5000 signes. C’est vrai, cet échange manque toujours. Néanmoins, Facebook a généré d’autres contacts, d’autres échanges, de Paris à New York en passant par Londres ou Barcelone, c’est très amusant…

Alors, la tentation est toujours forte de donner son avis sur un film, un fait d’actualité, un objet, une soirée, un lieu… Donc lorsque j’ai découvert récemment qu’une marque j’aime bien (Mulberry pour ne pas la citer) réalise une collection d’accessoire pour une autre de mes marques fétiche (Apple pour ne pas bla bla bla), je m’empresse d’en faire l’écho sur mes réseaux sociaux, photo à l’appui, me disant que cela pouvait aussi intéresser mes « friends followers whatever they are » (pour une fois qu’on peut se procurer un étui pour ordi qui a de la gueule, faut pas s’en priver). De la même manière, étant DJ occasionnel et fan de musique, je partage les découvertes que je fais avec mes toujours « friends followers whatever they are ».

Le premier commentaire que j’ai eu suite au billet Mulberry a été: « tu bosses pour la marque ? ». Moins subtil, mais qui exprime clairement ce que le premier sous entendait, suite à mes publications de clips venant de youtube, un autre m’a écrit : « ils te paient combien youtube pour faire leur promo ? ». Serait-il donc devenu impossible de donner son avis sans être suspecté de se faire de l’argent derrière ? J’en veux beaucoup à certains de mes anciens camarades de jeux d’avoir contribué à dénaturer à ce point les réseaux communautaires. Le pire, ce sont ceux qui critiquent « les ménages »* des uns alors qu’eux même en acceptent également. Moralité quand tu nous tiens…

De fait, je me demande bien si bientôt, on ne va pas nous demander combien on prend pour l’air qu’on respire…

* Un ménage est une prestation qu’une personne plus ou moins connue réalise en contrepartie d’une rémunération ou d’un cadeau

Posté par dfromparis à 00:00 - Les hume heures - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    ça fait toujours autant plaisir de te lire, même pour des mises au point…

    On reproche toujours aux autres ce qu'on n'est pas capable d'assumer soi-même (pour en revenir à la fin de la note et de la "moralité")

    Posté par charl', jeudi 26 novembre 2009 à 09:50
  • > Charl'

    Merci!

    Posté par dfp, jeudi 26 novembre 2009 à 14:15
  • Et moi donc !

    Si j'étais payé par les maisons sur lesquelles j'écris, je serai déjà milliardaire...

    Posté par Manu Prince S, lundi 14 décembre 2009 à 15:59

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